Saint Jérôme cherche le mot juste

Une déambulation dans les salles d’expositions du fort bien fourni musée des beaux arts de Lyon a été l’occasion d’entr’apercevoir notre saint patron dans une position assez peu académique.

Bien sûr, ses attributs ne l’ont pas quitté : la plume, le crâne, les livres, le Christ en croix, le lion en peluche, la toge rouge bien connue et la célèbre barbe. Mais… Il rêvasse, les yeux perdus vers le ciel, les mains croisées sur le ventre, un coude tranquillement posé sur une table et la jambe droite négligemment jetée devant lui. Ses mains sont croisées comme dans une ébauche de prière, mais il pourrait simplement s’agir d’un mouvement de relaxation.

L’espace d’un instant, je l’ai imaginé, non plus en saint patron de tous les traducteurs, mais en protecteur bienveillant des traducteurs indépendants, nous qui formons finalement le gros des troupes de notre profession. En effet, imagine-t-on un traducteur travaillant dans une organisation internationale ou une entreprise mener sa quête du mot juste avec cette concentration nonchalante ? Certes pas ! Ces traducteurs-là n’ont pas le luxe de réfléchir pieds nus, et pratiquent le brainstorming en salle de réunion ou devant la machine à café. À la rigueur devant le bâtiment où ils travaillent, si le besoin de vitamine D les taraude…

Ce Saint Jérôme-là, je l’ai trouvé tout à fait à mon goût, un peu moins morbide qu’à son habitude. Son petit côté : « j’aime bien mon nouveau fauteuil ergonomique à bascule et je m’en sers » le rend fort sympathique.

Finalement, hormis quelques petits aménagements techniques, l’art de la méditation linguistique a bien peu changé en 16 siècles !

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