Comment je vois mon métier de traducteur

Je vais essayer d’expliquer en quelques lignes ce qu’est la traduction pour moi. Plutôt que de construire une réflexion théorique et linguistique, que des traductologues feraient bien mieux que moi, je préfère vous proposer une sorte d’inventaire dans lequel les mots-idées s’enchaînent. En effet, c’est avant tout cela pour moi, la traduction : un kaléidoscope de mots. Longs ou courts, tranchants ou coulants, sérieux ou loufoques, sonnants ou discrets, bien charpentés ou malléables. Et cette liste d’adjectifs pourrait être bien plus longue. Des mots donc, mais jamais seuls. Des mots qui n’existent qu’ensemble, que les uns par les autres. Des mots qui épousent et qui marient des langues parfois très diverses dans leur phrasé, leur appréhension et leur description du réel.

Des mots ambassadeurs, aussi, qui permettent aux idées de se comprendre et de se reconnaître facilement, quelle que soit leur langue. Des mots et des idées parfois compliqués, mais dont la transposition est efficace, pour éviter au lecteur tout effort inutile quand il prendra connaissance du texte. L’effort existe, et parfois il est conséquent. Mais il est fait par le traducteur, pour exprimer simplement, naturellement et fidèlement le message initial, tel qu’il l’a (bien) compris.

Je conçois aussi le processus de traduction comme une interface. Tout comme l’ordinateur sur lequel il écrit transforme en pixels les pressions de ses doigts sur les touches de son clavier, en ayant dans l’intervalle codé le tout en bits, le traducteur absorbe et comprend l’information d’une langue source, qu’il restitue – à la différence de son ordinateur, avec art et naturel – dans sa langue maternelle. Il duplique et adapte, il devient la voix de ce qui serait autrement inconnu, ou mal connu. Le traducteur est un passeur, un transmetteur, et parfois un défricheur.

Enfin, et peut-être surtout, la traduction c’est un jeu, une composition. Parce que la passion est là, toujours. Chaque fois, je suis comme un enfant, concentré et heureux qui compose son château verbal à partir d’un plan, le texte de départ, en utilisant les milliers de mots de son bac à sable.

Vous voyez ? On y revient toujours, tout passe par les mots. Ils sont l’alpha et l’oméga de cette mystérieuse et belle équation sans cesse recomposée par le traducteur, au détour de chaque phrase.

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