Cogigowattations de traducteur

Cette semaine, j’ai revu un film qui a fait date, Retour vers le Futur. Je vais m’attarder sur une petite bizarrerie de son sous-titrage, car elle a fait tiquer le linguiste qui sommeille en moi.

J’ai trouvé les sous-titres très bons. Je les ai lus sans vraiment les remarquer la plupart du temps et plusieurs jeux de mots m’ont fait sourire. Mais mon cerveau a buggé quand j’ai vu un étrange « jigowatt » à plusieurs reprises dans la bouche du Doc…
Le Doc est un ahuri frappadingue, c’est entendu. Mais c’est aussi un grand scientifique qui doit connaître sa loi d’Ohm et ses échelles de mesure comme personne. Alors d’où sort-il, ce « jigowatt » en français ? S’agit-il d’une mesure impériale (barbare et) peu usitée, remise au goût du jour par Hollywood ? Pour commencer, j’ai pensé que que la traductrice ou le traducteur avait eu une baisse de régime sur ces quelques phrases ou avait tout simplement omis de procéder aux vérifications d’usage. Je me suis également dit que la personne chargée de la relecture (le cas échéant) n’avait pas été très performante, et qu’en cultivant un peu le doute, cette vilaine faute aurait pu être évitée.
Nenni ! L’erreur provenait en fait du script original, comme l’explique cet excellent article.

Je demeure cependant sceptique lorsqu’il conclut que « jigowatt » est tout à fait acceptable et que le Doc avait raison. Peut-être est-ce justifiable pour la prononciation américaine, mais certainement pas en français ni à l’écrit ! « Jigowatt » est bien un barbarisme pour « gigawatt ».

Ce problème de traduction m’a poussé à recenser quelques recettes que j’applique pour m’éviter des mésaventures similaires (même si je demeure faillible).

  1. Cultiver le doute. Cela ne fait pas de nous des illettrés, mais au contraire de meilleurs traducteurs. Il m’arrive souvent de vérifier l’orthographe de mots très simples. J’ai récemment vu qu’une correctrice en faisait autant ; il s’agit à mon avis d’une démarche tout à fait professionnelle.
  2. Lire et relire sa copie, avec un œil critique, et si possible un œil neuf (comprendre : « à tête reposée »).
  3. Faire des recherches solides et croiser les sources. Wikipédia et les dictionnaires en ligne (IATE, Grand dictionnaire terminologique, Termium, Linguee, etc.) sont d’excellent points de départ, mais les articles scientifiques ou la documentation institutionnelle sont souvent des compléments nécessaires.
  4. Quand les textes sont destinés à la publication, il est nécessaire de les faire relire par des tiers.
  5. Faire appel à des experts du domaine. On connaît tous des artisans, des ingénieurs, des historiens, des botanistes ou des passionnés de linguistique. Si l’on dispose d’un peu de temps, les forums spécialisés sont aussi une bonne source d’information.
  6. Ne pas hésiter à poser des questions, elles sont rarement bêtes.
  7. Enfin, quand on a fait de longues et studieuses recherches, une note de traduction à la livraison, c’est comme une bonne action : ça n’est jamais perdu !
  8. J’en ai sans doute oublié, alors n’hésitez pas à me faire part de vos propres recettes.

Mais revenons-en à nos gigots watts… J’ai vérifié la version doublée, et on y parle aussi le « jigowatt ». Aujourd’hui dans un script, une telle erreur serait sans doute repérée et corrigée. Internet facilite énormément les recherches et le croisement des sources.
En tout cas, je vous parie un capaciteur de flux qu’en 2015 on disait toujours « gigawatt » chez EDF, à Hill Valley ou ailleurs !

Marty et le jigowatt

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